Covid19
02-23-2021

« La galère des étudiants durant la crise sanitaire » (La Libre, 09/12/2020), « Isolés et précarisés, les étudiants sont plus exposés que jamais au risque de décrochage » (L’Echo, 20/11/2020), « Dans l'Horeca et chez les étudiants, le mental est au plus bas » (La Libre, 17/11/2020)… Les articles sur le mal-être des jeunes en cette période de crise sanitaire se multiplient.

Les jeunes sont coupé·e·s de leurs contacts sociaux (empêchant parfois un développement correct de leur personnalité), contraint·e·s de suivre les cours à distance et de rester le plus souvent chez leurs parents (dans des ambiances variées) 1 . Pour beaucoup, s’ajoute à cela une autre variable : en Belgique, 90 000 jeunes ont perdu leur job étudiant (1).

La fin d’un job étudiant signifie la fin de toute rentrée financière pour ces jeunes puisque, au contraire des contrats normaux, les étudiant·e·s ne bénéficient pas de revenu de remplacement (chômage ou autre) lorsqu’ils ou elles perdent ce job. Or, les étudiant·e·s jobistes le sont souvent pour des raisons très pragmatiques : loyer à payer, alimentation à acheter, études à financer… et rarement juste pour se permettre d’aller boire un verre entre potes après les cours.

Latitude Jeunes asbl, Organisation de Jeunesse partenaire de Solidaris, a réalisé un sondage sur le sujet « Job étudiant et covid-19 ». Nous avons récolté les avis de 200 jeunes francophones, ce qui ne nous donne pas une validité scientifique avec un échantillon représentatif, mais ce nombre permet néanmoins d’observer des tendances claires sur la situation et le ressenti des jeunes… et le constat tiré est alarmant.

Quarante-huit pour cent des répondant·e·s disent avoir perdu un emploi/une ressource financière à cause de la crise sanitaire. Pour 30 % d’entre eux·elles, il s’agissait d’un emploi dans l’Horeca.

En ce qui concerne leurs nouvelles solutions pour avoir de l’argent, 44 % évoquent leur famille, 29 % parlent de revendre des objets/des habits/des créations tandis que 8 % disent avoir recours au travail non déclaré.

Nous nous basons aujourd’hui sur les chiffres et sur les avis que nous avons recueillis via notre sondage pour prendre position par rapport à la situation de ces jeunes privé·e·s de moyens financiers. Parmi leurs appels d’urgence, leurs demandes d’aide et leurs propositions concrètes, nous aimerions faire un focus sur 2 points qui nous paraissent déterminants.

« Faites quelque chose, aidez-nous! Diminuez notre minerval, c'est honteux de payer 850 euros (dans mon cas, 1080 car je suis en double bachelier) pour des cours en ligne!! »

On comprend le cri du cœur de cet étudiant même si l’on sait que les universités sont elles aussi en difficulté, malgré l’aide financière apportée par la FWB (2).

La Fédération des étudiants francophones (FEF), elle, se dit en faveur d'une diminution du minerval pour tendre vers la gratuité de l'enseignement supérieur indépendamment de la situation sanitaire. « Selon nous, si cette mesure doit être prise cela doit être de manière structurelle, notamment pour éviter la logique qui voudrait que les étudiants payent en fonction d'un service reçu. En effet, cela amènerait, selon nous, une logique de marchandisation à laquelle nous nous opposons » explique Chems Mabrouk, présidente de la FEF (3).

Comme la FEF, Latitude Jeunes est pour un accès facilité aux études, facteur déterminant d’émancipation. Des dispositions pérennes doivent être mises en place, pourquoi pas initiées maintenant que la situation sanitaire crée un état d’urgence.

« J'aimerais que les jobs étudiants bénéficient de certaines sécurités. Il n'est pas logique que pour un même travail, un étudiant puisse plus facilement être "viré sans indemnité" qu'une personne ayant un autre type de contrat de travail. Il devrait exister une sorte de chômage technique aussi pour les étudiants.»

Ce témoignage d’une jeune répondante met en exergue le fait que certain·e·s jeunes souffrent de l’absence de régime de compensation dans le cas d’une perte de job étudiant

Les Jeunes FGTB réclament, depuis longtemps déjà, la fin du statut précaire d'étudiant·e jobiste. Pour eux, les étudiant·e·s et employeur·euse·s devraient cotiser à la même hauteur que les autres travailleur·euse·s pour ouvrir pleinement leurs droits à toutes les branches de la sécu (chômage mais aussi calcul de la pension…). Il serait donc nécessaire d’ouvrir le débat sur l’intégration future des jobistes aux bénéfices de la sécurité sociale, en commençant maintenant par l’extension du chômage temporaire aux jobistes (4).

Ils et elles expliquent : « En effet, il nous semble plus que jamais nécessaire de renverser la manière dont on considère les étudiant·e·s dans notre société : non plus comme des travailleur·euse·s en formation, mais bien comme des travailleur·euse·s de plein droit, inclu·e·s dans le système de sécurité sociale. Les étudiant·e·s, par leurs nombreuses activités actuellement sous-payées ou exercées à titre gratuit, participent à la production, que ce soit en tant que jobiste, stagiaire, étudiant·e ou apprenti·e. » (4).

Latitude Jeunes rejoint cette revendication des Jeunes FGTB et souligne le fait qu’il est courant que des patrons engagent des étudiant·e·s pour éviter de donner des CDI à des employé·e·s. Il nous parait important aujourd’hui de protéger les jobs étudiants tout en les faisant contribuer au financement de la sécurité sociale, afin de leur y donner un accès complet. Nous sommes certain·e·s que des mécanismes créatifs et solidaires peuvent être imaginés afin d'élargir la protection sociale à ces jeunes travailleur·euse·s étudiant·e·s.

Il est à noter que, lors de la première vague, les universités et hautes écoles ont mis en place, à leur manière, des aides financières « spéciales Covid » (5). La Ministre de l’enseignement supérieur a également annoncé une 3e salve d’aides aux établissements afin de soutenir les étudiant·e·s impacté·e·s financièrement et psychologiquement. Sachant que les conséquences de la crise sanitaire se feront sentir sur du long terme, ces mesures sont-elles vouées à être pérennisées ? Latitude Jeunes l’espère sincèrement.

Les élans de solidarité entre jeunes sont évidemment à mettre également en avant, comme cet étudiant de La Cambre dont les colocs se sont répartis le loyer pour qu’il puisse rester vivre là (6).

Les étudiant·e·s en difficulté financière peuvent aussi se tourner vers les CPAS. « Nous avons reçu au total 125 millions d'euros du Fédéral pour des aides accordées en fonction de l'état de besoin des personnes. Cela peut servir à payer un loyer, une facture internet, du matériel informatique... », rappelle Alain Vaessen, directeur général de la Fédération des CPAS de Wallonie dans un article de L’Echo paru en novembre. Selon lui, trop d'étudiant·e·signorent encore l'existence de ces aides. « Il y a peut-être aussi un frein psychologique. Il n'y a pourtant aucune honte à avoir ! La société a tout intérêt à soutenir les étudiants dans leurs études, étape préalable à l'insertion professionnelle qui permettra à cette génération de contribuer plus tard à la sécurité sociale » (7).

Du côté de Latitude Jeunes, nous voyons la nécessité criante de soutien aux jobistes comme une porte d’entrée vers des mesures pérennes. Nous appelons les politiques à mettre en place des solutions structurelles, quitte à les tester maintenant pour les améliorer par la suite, cela pouvant déjà soulager celles et ceux les plus durement impacté·e·s et devant faire face à de grandes difficultés. Nous saluons donc la proposition d’indemnité de Monsieur Paul Magnette, président du Parti Socialiste, qui précise d’ailleurs que « le travail étudiant, c’est du vrai travail » (8).

Nous appelons également à plus de communication vers les jeunes quant aux aides qui existent (CPAS, et services sociaux des établissements d’enseignement, entre autres) et à un travail pour enlever les freins psychologiques qui peuvent exister autour de ces solutions.

Enfin, nous appelons le monde politique à davantage tenir compte des réalités des jeunes en cette période sombre et à ne pas oublier que l’impact sur la jeunesse se fera encore sentir lorsqu’ils·elles seront les adultes de demain. Le tribut psychologique payé par les jeunes face à cette crise est déjà très lourd. Nous demandons donc également des actions concrètes de la part de l’état pour soutenir les jeunes en difficulté en plus des aides financières déjà apportées.

Quelques liens utiles pour les étudiant·e·s en difficulté :

Service d’aide de l’UCL proposé aux étudiant·e·s ayant perdu leur job étudiant : https://uclouvain.be/fr/etudier/aide/actualites/perte-de-job-etudiant.html

Service d’aide de l’ULB : https://www.ulb.be/fr/aides-financieres-et-sociales/aides-financieres

Service d’aide de l’Université de Liège : https://www.coronavirus.uliege.be/cms/c_12836003/fr/coronavirus-structures-d-aide-en-cas-dedifficultes-liees-a-la-situation-sanitaire

En cas de détresse psychologique : http://www.lesuicide.be/

La FAQ d’Infor Jeunes sur le CPAS : https://inforjeunes.be/thematique/cpas/

Les compétences des CPAS pour les étudiant·e·s : https://www.droitsquotidiens.be/fr/categories/protection-sociale/aide-du-cpas/competenceterritoriale-du-cpas-quel-cpas-sadresser/quelles-sont-les-exceptions-au-principe-de-competence-descpas/competence-des-cpas-pour-les-etudiants

L’union syndicale étudiante : https://use.be/

Les Jeunes FGTB : https://jeunes-fgtb.be/fr/

La FEF : https://fef.be/

Le lien vers notre sondage : http://www.latitudejeunes.be/sondage-job-etudiant-et-covid-19/

Sources :
1. https://www.rtbf.be/info/economie/detail_coronavirus-en-belgique-le-coronavirus-a-detruit-lejob-de-90-000-etudiants?id=10651388
2. https://www.lecho.be/economie-politique/belgique/general/une-facture-covid-salee-pour-lenseignement-superieur/10250923.html
3. Échange de mail avec Chems Mabrouk, janvier 2021.
4. https://jeunes-fgtb.be/fr/covid-19-les-jobistes-ne-sont-pas-de-la-chair-patron/
5. https://www.sudinfo.be/id329026/article/2021-01-29/le-covid-19-entraine-une-hausse-desaides-financieres-allouees-par-les
6. https://www.lecho.be/economie-politique/belgique/general/mathieu-mes-colocs-paient-monloyer-ca-ne-peut-pas-durer/10266902.html
7. https://www.lecho.be/economie-politique/belgique/general/isoles-et-precarises-les-etudiantssont-plus-exposes-que-jamais-au-risque-de-decrochage/10266699.html
8. https://bx1.be/news/paul-magnette-sur-les-edutiants-jobistes-il-faut-aussi-les-indemniser/

 

1 Nous en profitons pour rappeler que des soutiens existent, notamment l’asbl « Un Pass dans l'impasse », pour celles et ceux qui se sentent en détresse ou en mal-être à cause de la crise COVID. D’autres ressources se trouvent en fin de ce document.